" Assumer son homosexualité " : tel était le thème choisi pour le groupe de parole organisé le 28 avril dernier. Nous étions une vingtaine autour de la table, réunis pour partager nos expériences et nos sentiments autour de Daniel, l’animateur de la soirée. Vu l’affluence, il n’a guère été possible de répondre à toutes les attentes individuelles, mais chacun a eu l’occasion de s’exprimer et de se sentir écouté. Au terme des débats, la majorité des participants se disaient intéressés à renouveler l’expérience dans des conditions similaires.
Que retenir de ces premiers échanges ? Avant tout, à mon avis, l’enrichissement que chacun des participants a pu en retirer, ne fût-ce que par la possibilité de confronter leur propre expérience avec celles d’autrui. Sur le fond, on a surtout insisté sur la distinction fondamentale à faire entre le regard que nous portons sur notre propre homosexualité (" assumer ‘pour soi’ ", " vivre son homosexualit" �) et celui que les autres portent sur nous (" accepter ‘le regard des autres’ ", " besoin d’être ‘reconnu’ par la société "). Plusieurs témoignages se sont accordés pour dire qu’une fois assumé le premier aspect (le plus difficile), le second apparaissait bien moins problématique (" quand j’ai franchi le pas, tous mes amis l’ont su ", " c’est quand je me suis senti bien par rapport à moi-même que je me suis senti bien par rapport aux autres ").
Attention toutefois au cercle vicieux : c’est parfois précisément le regard d’autrui qui m’empêche de m’accepter (" je suis passé par une phase de déni à cause de mon éducation catholique ", " j’avais peur que les autres me rejettent "). De ce point de vue, les gays bénéficient-ils globalement d’un regard plus compréhensif aujourd’hui qu’autrefois ? Il est difficile de généraliser : peut-être s’agit-il moins d’une question de génération que d’une question de milieu social et de circulation de l’information ? Il faudrait encore distinguer entre les regards portés par la famille (" maman ne l’a jamais accepté "), les amis (" il est important d’être accepté par ceux avec qui on a un lien affectif ") et le milieu professionnel (" en tant que petit indépendant, je ne peux pas prendre le risque de perdre ma clientèle ")… Même en l’absence de réactions hostiles, l’hétérosexualité reste généralement perçue comme une " norme ", au moins implicite (" cet a priori des gens m’agace "). Et il ne suffit pas d’être accepté par les autres pour s’accepter soi-même (" je suis respecté par ma famille, mais par rapport à moi, c’est plus difficile… notamment quant au fait de ne pas avoir d’enfants… ").
Les degrés de l’acceptation varient au gré des expériences individuelles et évoluent avec le temps. Certains tabous (en particulier religieux) continuent à peser bien lourd et créent parfois des tensions parfois ingérables entre ‘désir’ et ‘interdit’. Des témoignages nous ont rappelé qu’on peut mettre plus de quinze ans avant d’assumer, tenter de se marier, avoir des enfants… On a fait remarquer en outre qu’oser prendre part au groupe de parole présupposait une certaine dose d’acceptation (" ceux qui sont ici sont ceux qui s’acceptent "), mais il arrive encore, hélas, que certaines acceptations ne se fassent qu’à contrecœur : " si je pouvais renaître, j’aimerais renaître hétéro ", " j’aimerais bien ne pas recommencer dans cette voie ".
Tandem ASBL